Installer une pergola près de la piscine, c’est un peu comme ajouter une terrasse à votre transat : on gagne en confort, en ombre, en apéros qui s’éternisent… mais on ajoute aussi une petite couche de paperasse potentielle. Et la question qui revient sans cesse dans ma boîte mail : faut-il un permis de construire pour une pergola au bord du bassin ?
Comme souvent dès qu’on parle de droit et d’urbanisme, la réponse est : « ça dépend ». Pas de panique, on va dérouler tout ça tranquillement, comme on ouvre une bâche à bulles au printemps.
Permis, déclaration, rien du tout : de quoi parle-t-on exactement ?
Avant de rentrer dans les cas précis, il faut comprendre les trois grandes situations possibles pour votre pergola :
- Aucune démarche : pour les petits aménagements très modestes.
- Déclaration préalable de travaux (DP) : la démarche la plus fréquente pour une pergola de taille « normale ».
- Permis de construire : pour les structures plus importantes ou dans certains contextes particuliers.
Et rassurez-vous : non, installer une pergola près de votre piscine ne signifie pas automatiquement « permis de construire ». La piscine, en soi, ne change pas tout. Ce qui compte, ce sont surtout :
- les dimensions de la pergola ;
- le type de pergola (adossée à la maison ou indépendante) ;
- la présence ou non d’un PLU (Plan Local d’Urbanisme) dans votre commune ;
- la zone dans laquelle se trouve votre terrain (site protégé, monument historique à proximité, etc.).
On va voir ça point par point, avec des exemples concrets, histoire que vous puissiez vous projeter au bord de votre piscine sans sueurs froides administratives.
Les différents types de pergolas : un détail qui change tout
On met souvent tout dans le même panier, mais côté urbanisme, on ne regarde pas une tonnelle pliante comme une pergola bioclimatique fixée au mur.
En gros, on peut distinguer :
- La tonnelle / pergola légère démontable : structure amovible, souvent en toile, qu’on peut retirer facilement. Elle est généralement considérée comme un aménagement temporaire ou mobilier de jardin. Dans beaucoup de cas, aucune démarche n’est nécessaire, surtout si elle n’est pas fixée de manière durable au sol.
- La pergola autoportée (indépendante) : structure fixe, sur quatre poteaux, posée sur une dalle ou des plots, près de la piscine mais non reliée à la maison. Elle crée de l’emprise au sol, ce qui va intéresser votre mairie.
- La pergola adossée : fixée à la façade de la maison, souvent utilisée comme extension d’une terrasse existante, parfois fermable plus tard. Là, on touche à l’aspect de la construction principale, donc les règles peuvent être un peu plus strictes.
- La pergola bioclimatique : pergola fixe, souvent en alu, avec lames orientables, éventuellement avec stores, vitrages, etc. Urbanistiquement parlant, c’est une pergola classique… mais comme elle est souvent plus grande et plus « solide », elle bascule vite dans les catégories nécessitant une démarche.
Retenez une chose :
Si votre pergola est fixée au sol ou au mur de façon durable, elle est presque toujours considérée comme une construction au sens du Code de l’urbanisme.
Les seuils de surface : la clé pour savoir ce que vous devez faire
Pour savoir si vous devez déposer une déclaration préalable ou un permis de construire, on regarde deux notions :
- L’emprise au sol : la surface au sol projetée par la pergola (l’ombre qu’elle ferait sur un plan, pour simplifier).
- La surface de plancher : pour une pergola ouverte non fermée, on est en général à 0 m² de surface de plancher, car il n’y a pas de pièce close et couverte. C’est donc surtout l’emprise au sol qui compte.
En règle générale, dans la plupart des communes françaises, les seuils suivants s’appliquent pour une pergola :
- Moins de 5 m² d’emprise au sol : aucune démarche administrative n’est requise (hors cas particuliers type site classé).
- Entre 5 m² et 20 m² : déclaration préalable de travaux obligatoire.
- Au-delà de 20 m² :
- si votre commune a un PLU, le seuil pour le permis de construire peut être repoussé à 40 m² dans certains cas ;
- au-delà, on tombe en principe dans le permis de construire.
Autrement dit, la grande majorité des pergolas « raisonnables » de 10 à 20 m² seront soumises à une déclaration préalable, y compris si elles sont installées au bord de la piscine.
Et si vous avez en tête une grande pergola de 35 m² avec salon, cuisine d’été et spa intégré… attendez-vous plutôt à un permis de construire, surtout si elle est adossée à la maison.
Le fait d’être près de la piscine change-t-il les règles ?
La bonne nouvelle : la simple proximité de la piscine ne change pas en soi la nature des démarches pour la pergola.
On ne va pas vous demander un permis de construire juste parce qu’elle est à 2 mètres du bassin plutôt qu’au fond du jardin. En revanche, il y a trois sujets à garder à l’œil :
- Les règles locales du PLU : certains PLU encadrent précisément :
- les constructions en zone « espace vert »,
- les annexes près des piscines,
- les hauteurs maximales en limite de propriété, etc.
- Les distances par rapport aux limites séparatives : votre pergola n’a pas le droit de se coller n’importe comment à la clôture du voisin. Même si le Code de l’urbanisme prévoit des grands principes, c’est souvent le règlement du PLU
- une distance minimale (3 m, 4 m… selon les communes), ou
- des règles d’implantation (en limite séparative ou à une distance donnée).
- rendre inefficace votre barrière de sécurité ;
- permettre à un enfant de contourner ou d’escalader plus facilement la protection ;
- obstruer l’accès aux équipements de sécurité (abri, volet, alarme, etc.).
En clair : l’urbanisme va surtout regarder votre pergola comme une construction classique. C’est à vous d’anticiper en plus l’impact sur la sécurité autour du bassin.
Quelques cas pratiques pour se repérer
Pour rendre tout ça plus concret, imaginons quelques situations typiques au bord de la piscine.
Cas n°1 : petite pergola autoportée de 4 m² pour un coin douche solaire
- Emprise au sol : 2 m x 2 m = 4 m².
- Structure légère, non fermée.
- En dehors d’un site protégé, sans contrainte particulière de PLU.
Résultat : en principe, aucune démarche à déposer. Mais un coup d’œil au PLU reste sage, surtout dans les villages avec règlement strict.
Cas n°2 : pergola adossée de 15 m² prolongement de la terrasse vers la piscine
- Emprise au sol : 3 m x 5 m = 15 m².
- Fixée à la maison, structure durable.
Résultat : déclaration préalable de travaux quasiment certaine. La mairie vérifiera l’aspect extérieur (couleur, matériaux, intégration).
Cas n°3 : grande pergola bioclimatique autoportée de 30 m², salon d’été près de la piscine
- Emprise au sol : 5 m x 6 m = 30 m².
- Commune couverte par un PLU.
Résultat : en fonction du PLU, vous pouvez être :
- soit en déclaration préalable si le seuil de 40 m² est applicable ;
- soit obligé de déposer un permis de construire (cas fréquent si la pergola est assimilée à une annexe importante).
Cas n°4 : terrain en zone protégée, à proximité d’un monument historique
Vous craquez pour une jolie pergola bois de 10 m² près de la piscine.
- En surface, une simple DP suffirait.
- Mais vous êtes dans le périmètre des Bâtiments de France.
Résultat : déclaration préalable obligatoire, avec avis de l’architecte des Bâtiments de France. On vous demandera peut-être une teinte de bois particulière, un certain type de couverture, etc.
Les démarches administratives : comment s’y prendre concrètement ?
Que vous soyez dans le cas d’une déclaration préalable ou d’un permis de construire, le réflexe numéro un ne coûte rien :
Allez en mairie ou consultez le site de votre commune avant de commander la pergola.
Souvent, un simple échange au guichet d’urbanisme permet de :
- savoir si la commune dispose d’un PLU ou d’une carte communale ;
- vérifier les seuils exacts applicables chez vous ;
- découvrir les éventuelles contraintes locales :
- zone inondable,
- zone agricole ou naturelle,
- secteur sauvegardé, etc.
Pour une déclaration préalable (le cas le plus fréquent) :
- Vous remplissez le formulaire Cerfa dédié (disponible en ligne ou en mairie).
- Vous joignez un plan de masse : on y voit la maison, la piscine, la pergola prévue, les distances aux limites du terrain.
- Vous ajoutez un plan de coupe et quelques photos / croquis de la future pergola.
- Vous déposez le tout en mairie (souvent possible aussi en ligne).
- Délai classique d’instruction : environ 1 mois (plus en cas de zone protégée).
Pour un permis de construire :
- Les pièces à fournir sont plus nombreuses (plans plus détaillés, insertion paysagère, etc.).
- Le délai d’instruction est généralement de 2 à 3 mois.
Astuce de terrain : n’attendez pas juillet pour déposer votre dossier, les services d’urbanisme tournent parfois au ralenti quand vous, vous rêvez à votre pergola pour les vacances.
Pergola et sécurité de la piscine : le duo à ne pas négliger
Une pergola près de la piscine, c’est souvent l’endroit où on installe :
- les transats ;
- le coin bar ou plancha ;
- le coffre à jouets gonflables ;
- parfois même une douche ou un local technique léger.
Côté sécurité, gardez en tête la réglementation sur les piscines privées (norme NF P 90-306 et suivantes) :
- Votre barrière ne doit pas être franchissable par un enfant de moins de 5 ans ;
- Il ne doit pas être possible d’utiliser la pergola comme « marche » pour contourner cette barrière ;
- Les éléments de mobilier type banc intégré, muret, jardinière accolée à la pergola peuvent involontairement faciliter l’accès au bassin.
Concrètement, vérifiez que :
- la pergola n’empiète pas sur le système de fermeture de la barrière ou de l’abri ;
- les poteaux ne se trouvent pas juste à côté d’un endroit où l’enfant pourrait se hisser ;
- les vues depuis la maison vers la piscine ne sont pas complètement obstruées par la pergola, surtout si vous comptez sur « la surveillance visuelle » en plus des dispositifs réglementaires.
Une belle pergola, oui, mais pas au détriment de la tranquillité d’esprit quand les enfants sont dans le jardin.
Les erreurs fréquentes à éviter avant de signer le devis
En parcourant les messages des lecteurs, je vois souvent les mêmes pièges revenir, un peu comme les feuilles mortes au fond du skimmer :
- Commander la pergola avant d’avoir vérifié le PLU : le vendeur vous dit « pas besoin de permis ». Sauf qu’il n’a pas lu le règlement d’urbanisme de votre commune. Et c’est vous, pas lui, qui recevrez le courrier recommandé en cas de contrôle.
- Confondre « bricolage » et « absence de droit » : même si vous montez la pergola vous-même, même si c’est du kit, même si « c’est juste quatre poteaux », la loi ne fait pas de différence. Ce qui compte, ce sont les dimensions et la fixation.
- Penser que parce que la piscine est déjà déclarée, la pergola passe automatiquement : non, chaque construction est examinée pour elle-même. Piscine déclarée + pergola non déclarée = risque de souci.
- Ignorer la limite de propriété : une pergola trop proche du voisin peut lui faire de l’ombre, lui boucher la vue ou créer un sentiment de vis-à-vis. En plus des règles légales, pensez à la bonne entente : un petit café avec lui avant de valider l’emplacement peut éviter de grandes tensions.
Que risque-t-on en cas d’installation sans autorisation ?
La plupart des gens ne se font pas contrôler le lendemain de l’installation, mais miser sur la chance n’est pas une stratégie solide sur le long terme.
En cas de construction sans autorisation alors qu’une DP ou un permis était obligatoire, vous risquez :
- une amende (qui peut être salée) ;
- l’obligation de régulariser : déposer un dossier a posteriori, sans garantie d’acceptation ;
- et dans les cas extrêmes, la démolition ou modification de la pergola si elle est jugée non conforme.
Autre point souvent oublié : en cas de revente de la maison, le notaire peut relever la présence de constructions non déclarées (dont la pergola) et cela peut repousser, compliquer voire bloquer la transaction.
En résumé, une demi-journée passée à monter un dossier vous évite parfois des mois de tracas plus tard.
Comment bien préparer votre projet de pergola au bord de la piscine ?
Pour terminer sur une note pratique et positive, voici un petit plan d’action, histoire que votre future pergola devienne le coin le plus convoité du jardin, sans nuage administratif :
- Étape 1 : mesurer précisément
- Déterminez l’emplacement exact près de la piscine.
- Tracez la surface au sol : longueur x largeur = emprise au sol.
- Notez la hauteur maximale prévue.
- Étape 2 : checker le PLU
- Consultez le PLU en ligne ou en mairie.
- Repérez les règles concernant :
- les annexes,
- les pergolas / auvents,
- les alignements et limites séparatives.
- Étape 3 : valider la sécurité autour de la piscine
- Vérifiez l’impact sur la barrière, l’abri ou le volet.
- Assurez-vous que la pergola n’offre pas un accès facilité aux enfants.
- Étape 4 : échanger avec la mairie
- Expliquez votre projet, avec un croquis simple.
- Demandez noir sur blanc si une DP ou un permis est requis.
- Étape 5 : déposer le bon dossier
- Préparez les plans (un simple plan à l’échelle peut suffire pour une DP).
- Ajoutez des photos du terrain existant.
- Patientez le temps légal avant de démarrer les travaux.
Au final, une pergola bien pensée près de votre piscine, c’est l’assurance de multiplier les moments agréables : siestes à l’ombre, lectures au sec pendant que les enfants éclaboussent, apéros d’été à rallonge sans griller au soleil.
Et entre nous, remplir un formulaire Cerfa un soir de semaine, ce n’est pas si terrible quand on sait qu’à la clé, on gagne un vrai petit coin de paradis au bord de son bassin. Prenez le temps de poser les bonnes questions à la mairie, de respecter les règles, et ensuite… vous n’aurez plus qu’à profiter, les pieds dans l’eau et la tête à l’ombre.

