On en entend parler partout : bassin de baignade, étang de nage, piscine biologique… et surtout, la fameuse « piscine naturelle ». Mais au fond, est-ce vraiment une piscine ? Ou juste un joli étang dans lequel on a décidé de piquer une tête ? Si vous hésitez entre un bassin classique au chlore et un coin de baignade façon réserve naturelle, installez-vous, on va dérouler tout ça ensemble.
Une piscine naturelle, c’est quoi exactement ?
Une piscine naturelle, c’est un bassin de baignade sans traitement chimique, où l’eau est purifiée par des plantes et des micro-organismes. On parle aussi de bassin de baignade écologique ou biologique.
Elle se compose généralement de deux (ou trois) zones :
- La zone de baignade : là où vous nagez, plongez, jouez avec les enfants. L’eau est claire, on a pied ou pas, comme dans une piscine classique.
- La zone de régénération : un espace planté de végétaux aquatiques, avec graviers et substrats, où l’eau circule et se purifie. C’est le « cœur vivant » du système.
- Parfois une zone de lagunage distincte, dédiée surtout à la filtration et à la biodiversité.
On pourrait résumer la chose ainsi : une piscine naturelle, c’est une mini-écosystème que vous installez dans votre jardin pour vous baigner dans une eau qui vit, plutôt que dans une eau « stérilisée ».
Est-ce vraiment une piscine… ou un étang amélioré ?
Sur le plan légal, urbanistique et technique, une piscine naturelle reste… une piscine. Elle est pensée pour la baignade, aménagée, dimensionnée, construite, et doit respecter la plupart des réglementations des piscines traditionnelles (on y revient plus loin).
Mais au quotidien, l’expérience n’est pas la même qu’avec un rectangle bleu en liner :
- L’esthétique : on est plus proche d’un plan d’eau paysager que d’un bassin géométrique. Bordures en pierre, bois, plages végétalisées, plantes aquatiques… On intègre la baignade au jardin.
- La sensation de baignade : pas d’odeur de chlore, pas de yeux rouges, pas de peau qui tire. Certains décrivent ça comme se baigner dans un lac de montagne… en un peu plus chaud.
- Le rapport au vivant : il peut y avoir quelques insectes de surface, de minuscules larves, parfois même des grenouilles qui s’invitent à la fête. On est dans un milieu vivant, pas dans un « aquarium vide ».
Si pour vous, « piscine » rime avec lignes de nage rectilignes et carrelage parfait, la piscine naturelle va vous surprendre. Si vous rêvez d’un coin de nature où l’on peut aussi se baigner… vous êtes au bon endroit.
Comment fonctionne une piscine naturelle ?
Oubliez le chlore, le brome et le sel. Dans une piscine naturelle, c’est la biologie qui travaille. On joue avec trois grands piliers : la circulation de l’eau, la filtration naturelle et les plantes.
1. La circulation de l’eau
L’eau est mise en mouvement par une pompe (basse consommation si possible). Elle passe de la zone de baignade à la zone de régénération, puis revient, un peu comme un grand circuit respiratoire.
Ce mouvement est essentiel :
- il évite les eaux stagnantes (donc les moustiques et les odeurs),
- il oxygène le milieu,
- il permet le passage de l’eau à travers les substrats filtrants.
2. La filtration par les substrats
Avant même que les plantes fassent leur travail, l’eau passe à travers différents niveaux de graviers, sables ou matériaux poreux. Ces couches servent de filtre mécanique (elles retiennent les particules) et surtout de support aux bactéries.
Ces bactéries, ce sont les ouvrières invisibles de votre piscine : elles transforment les déchets organiques (feuilles, poussières, résidus divers) en composés assimilables par les plantes. C’est la station d’épuration version nature.
3. Le rôle des plantes aquatiques
Dans la zone de régénération, on installe différentes catégories de plantes :
- Plantes oxygénantes : elles enrichissent l’eau en oxygène et aident à stabiliser le milieu.
- Plantes filtrantes : elles absorbent les nitrates, phosphates et autres nutriments qui, sinon, nourriraient les algues.
- Plantes flottantes : elles ombragent l’eau, limitant le réchauffement excessif et la prolifération d’algues.
L’objectif, c’est d’arriver à un équilibre : suffisamment de plantes et de bactéries pour consommer ce qui pourrait nourrir les algues… mais sans que la zone de baignade devienne une forêt amazonienne.
4. Et les algues dans tout ça ?
Oui, il peut y en avoir. Et c’est normal. Une piscine naturelle sans aucune algue, ce serait presque suspect. La question, c’est : sont-elles discrètes ou envahissantes ?
Une légère pellicule au printemps, quelques algues filamenteuses qui se développent avec les premières chaleurs, c’est habituel. On les retire manuellement si besoin, on ajuste un peu l’ombre, on vérifie la plantation… et le système se stabilise.
Ce que dit la réglementation sur les piscines naturelles
Alors là, on entre dans le dur. Piscine naturelle ou pas, dès que vous aménagez un bassin de baignade, vous avez des règles à respecter. Même si l’eau semble sortir d’un conte de fées, l’administration, elle, reste très concrète.
1. Déclaration de travaux ou permis de construire
Les mêmes seuils que pour une piscine classique s’appliquent en France :
- Bassin <= 10 m² : en général, pas de formalité, sauf zone protégée (PLU, site classé… à vérifier en mairie).
- Entre 10 et 100 m² : déclaration préalable de travaux obligatoire.
- > 100 m² : permis de construire.
Et attention : c’est la surface totale des zones en eau qui compte, pas seulement la zone où vous nagez. La zone de régénération + la zone de baignade, tout ça entre dans le calcul.
2. Règles de sécurité
La loi française impose des dispositifs de sécurité pour les piscines privées à usage familial enterrées ou semi-enterrées. Une piscine naturelle rentre dans cette catégorie si elle est destinée à la baignade.
Vous devez donc installer au moins un de ces dispositifs normalisés :
- barrière de protection avec portillon sécurisé,
- système d’alarme (immersion ou périmétrique),
- couverture de sécurité (bâche rigide conforme),
- abri de piscine.
Certaines configurations de bassins de baignade, avec rives en pente douce très intégrées au jardin, rendent plus complexes l’installation de barrières, mais la loi ne fait pas d’exception. À prévoir dès la conception.
3. Normes sanitaires… pour un usage familial
Pour un usage privé et familial, vous n’êtes pas soumis aux mêmes obligations qu’une piscine publique. Il n’y a pas de contrôle systématique de l’eau par les autorités.
En revanche, si vous envisagez :
- des gîtes avec piscine naturelle,
- des chambres d’hôtes,
- ou tout autre usage collectif payant,
on bascule vers les règles applicables aux piscines publiques, qui sont plus strictes (analyses régulières, qualité de l’eau contrôlée, responsabilités accrues…). Là, un échange avec votre mairie ou l’ARS (Agence Régionale de Santé) devient incontournable.
4. Impôts et fiscalité
Que le bassin soit chloré ou planté de nénuphars, une piscine reste une piscine pour le fisc. Un bassin de baignade enterré, fixe, augmente en principe la valeur locative de votre bien, donc potentiellement votre taxe foncière.
Ne vous dites pas : « C’est naturel, donc invisible pour l’administration ». Elle, elle voit surtout les m².
Vivre avec une piscine naturelle au quotidien
On parle souvent de la magie, de l’esthétique, du côté écologique. Parlons aussi du concret : que faut-il faire, et à quelle fréquence ?
1. L’entretien courant
Une piscine naturelle n’est pas « zéro entretien ». Elle est juste différente dans son entretien. En général, vous aurez à :
- retirer les feuilles mortes et débris en surface (épuisette, skimmer si installé),
- surveiller la pompe et nettoyer ses pré-filtres,
- arracher ou réduire certaines plantes trop envahissantes,
- retirer manuellement quelques algues si elles prennent leurs aises.
La grosse différence, c’est qu’on n’est pas en train de courir derrière un taux de chlore ou un pH idéal à coup de produits chimiques. On ajuste plutôt en observant : trop d’algues ? L’eau se trouble ? On regarde les plantations, l’ombre, le débit de la pompe.
2. Hiver et intersaison
Une piscine naturelle se met au ralenti en hiver, comme un jardin. On :
- taille les plantes quand elles fanent,
- limite les apports de feuilles (surtout s’il y a des arbres autour),
- laisse l’eau en place : pas de vidange complète comme certaines piscines classiques.
En général, la nature fait son cycle. Au printemps, l’écosystème repart. On peut avoir un petit épisode d’eau verdâtre au réveil, qui se stabilise avec le redémarrage des plantes et des bactéries.
3. Le confort de baignade
Autre point à ne pas négliger : la température de l’eau. Les piscines naturelles étant souvent plus grandes (zone de régénération + baignade), elles se réchauffent parfois un peu moins vite qu’un petit bassin au sud carrelé blanc.
On peut toutefois optimiser :
- orientation au soleil,
- profondeurs variées (une zone peu profonde se réchauffe plus vite),
- éventuel ajout d’un réchauffeur adapté ou de panneaux solaires, si on veut prolonger la saison.
La sensation dans l’eau est différente : certains adorent ce côté « lac », d’autres sont un peu déroutés la première fois par le fait de ne pas avoir cette odeur de piscine « comme au club muniicipal ». Une fois le cap passé, on s’y habitue vite.
Les avantages et les limites d’une piscine naturelle
Les grands atouts
- Pas de produits chimiques : idéal pour les peaux sensibles, les enfants, et ceux qui n’aiment pas sentir le chlore pendant trois jours.
- Intégration paysagère : on obtient un vrai coin de nature, qui vit toute l’année, même hors saison de baignade.
- Biodiversité : la piscine devient un petit écosystème, refuge pour insectes, oiseaux, parfois amphibiens. On a un jardin qui respire.
- Une autre relation à l’eau : on ne se contente plus de « posséder une piscine », on cohabite avec un milieu vivant et évolutif.
Les contraintes à accepter
- Un projet plus complexe à concevoir : dimensionnement, circulation, choix des plantes… Ce n’est pas juste « un trou, un liner, une pompe ». Passer par un spécialiste sérieux est souvent une bonne idée.
- Un aspect moins « parfait » : l’eau peut légèrement verdir au printemps, il peut y avoir quelques bestioles… si vous voulez du bleu uniforme toute l’année, ça peut vous gêner.
- Une surface souvent plus grande : la zone de régénération prend de la place. Sur un petit terrain, ce n’est pas toujours possible ou cohérent.
- Un coût initial parfois plus élevé : surtout si l’on soigne l’aménagement paysager. L’entretien ensuite, en revanche, peut être moins onéreux en produits.
Pour qui la piscine naturelle est-elle une bonne idée ?
En discutant avec des propriétaires de bassins de baignade, on retrouve souvent les mêmes profils.
C’est généralement un très bon choix si vous :
- aimez les jardins naturels, un peu sauvages, pas trop « carré au cordeau »,
- êtes sensibles à l’écologie et au fait de limiter les produits chimiques,
- acceptez que l’eau soit un milieu vivant, pas une surface aseptisée,
- avez un terrain suffisamment grand pour accueillir zone de baignade + régénération,
- voyez votre piscine comme un paysage à vivre, pas juste un équipement sportif.
À l’inverse, si votre rêve absolu, c’est le couloir de nage parfaitement rectiligne, carrelé, avec une eau à 30 °C du 1er mai au 30 septembre, et peu de tolérance pour la moindre feuille qui tombe dedans… une piscine traditionnelle (ou hybride) sera sans doute plus adaptée.
Quelques erreurs fréquentes à éviter
Comme pour tout projet d’ampleur dans le jardin, on voit revenir certains pièges classiques.
- Voir trop petit : une minuscule piscine naturelle, avec une zone de régénération sous-dimensionnée, aura du mal à se stabiliser. L’équilibre biologique demande un minimum de volume et de surface plantée.
- Placer le bassin sous de grands arbres caducs : poétique à l’automne, cauchemardesque à l’entretien. Feuilles, graines, ombre excessive… mieux vaut un emplacement un peu dégagé, avec ombrage partiel maîtrisé.
- Choisir les plantes « au pif » : ce n’est pas une simple mare décorative. On a besoin de plantes adaptées, locales si possible, avec des fonctions complémentaires (filtration, oxygénation, ombrage).
- Sous-estimer le terrassement : une piscine naturelle, c’est souvent des formes plus douces, des profondeurs variées, des plages immergées… mais ça demande un travail de base solide pour éviter les glissements, les fuites, ou les berges qui s’affaissent.
- Penser qu’il n’y aura plus rien à faire : « C’est naturel, ça va se gérer tout seul ». Non. Comme un jardin, ça vit, ça évolue, ça demande des coups de main, des tailles, des ajustements. Rien de dramatique, mais à anticiper.
Alors, piscine naturelle ou non ?
Oui, une piscine naturelle est vraiment une piscine : on y nage, on y joue, on s’y rafraîchit. Elle obéit aux mêmes grandes règles administratives et de sécurité qu’une piscine classique, même si son fonctionnement interne repose sur les plantes et les bactéries plutôt que sur les bidons de produits.
La vraie question n’est donc pas « est-ce une piscine ? », mais plutôt : est-ce la piscine qui vous ressemble ?
Si vous avez envie d’un coin d’eau qui fasse partie de votre jardin comme un arbre ou une terrasse, si vous aimez l’idée de vous baigner dans une eau vivante, douce pour la peau, et que l’idée d’observer pousser vos plantes aquatiques ne vous effraie pas… alors la piscine naturelle mérite clairement d’être sur votre liste.
Comme toujours, la clé, c’est de bien préparer son projet : terrain, usage, budget, réglementation locale, conception. Prenez le temps de discuter avec des professionnels qui ont déjà réalisé plusieurs bassins de baignade, et, si possible, allez en voir un en vrai. C’est souvent en y plongeant les orteils qu’on sait, très vite, si c’est ce type de piscine que l’on veut chez soi.
